Pourquoi est-ce important de boire pendant ton accouchement.
🎧 Les épisodes de Kiffe ton accouchement à écouter pour compléter cet article.
Pourquoi cette interdiction ?
Dans de nombreuses maternités, il est encore interdit aux femmes de boire pendant l’accouchement.
Cette restriction remonte aux années 1940 à la suite des travaux de Mendelson indiquant "qu'au cours d'une anesthésie générale, il existait un risque accru de pénétration du contenu de l'estomac dans les poumons".
Depuis, l'obstétrique à considérablement évoluée et la plupart des césariennes (même d'urgence) peuvent se faire sous anesthésie locale et cette recommandation n'a pas d'intérêt.
D’ailleurs, qu’en est-il d’un automobiliste qui aurait un accident en sortant du restaurant et qui aurait besoin d’une anesthésie générale ?
Et oui, une solution existe pour ce genre de scénario et elle existe aussi pour les femmes qui accouchent.
Mais certains anesthésistes ne veulent pas se prendre la tête et préfèrent priver toutes les femmes de boire “au cas où”.
Par contre l'interdiction reste encore d'actualité : dans l'inconscient collectif, boire et manger pendant l'accouchement serait dangereux.
Que disent les études ?
1- Risque d’anesthésie générale :
Selon cette étude, seulement 4,22% des césariennes en urgence réalisées pendant le travail se font sous anesthésie générale.
“Selon une étude de la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR) en 2014, basée sur les données de l'enquête nationale périnatale 2010[2] "environ 30 % des césariennes sont des césariennes programmées, 50 % sont des césariennes survenant au décours d’un accouchement et le reste est des césariennes en urgence. Le taux de péridurales étant maintenant supérieur à 70 %, cela explique une proportion importante de césariennes réalisées avec cette technique (40 %). Le taux de rachianesthésies est lui proche de 60 %, il ne reste donc que moins de 5 % des césariennes réalisées avec une anesthésie générale".
2- Concernant la sensation de soif :
Dans une étude pilote menée sur le stress associé à la naissance, Simkin a montré que sur 159 primipares interrogées, 27 % ressentent la restriction des apports solides pendant le travail comme un stress modéré à majeur. Ce pourcentage passe à 57 % pour les apports liquidiens (60). Une étude observationnelle, réalisée sur 123 femmes à la maternité de l’hôpital Louis Mourier, montre que 80 % d’entre elles ont soif pendant le travail et que l’intensité de cette soif est estimée à 7 ± 3,5 sur une échelle de 0 (pas de sensation de soif) à 10 (soif intolérable). Dans cette étude, le fait de boire représente pour elle un confort de 8 ± 1 (0 = pas de confort, 10 = confort très important) (61).
Si on leur laisse le choix, il apparaît que la majorité des femmes choisissent de manger et boire pendant le travail.
Source : document de la Haute Autorité de Santé “Accouchement normal : accompagnement de la physiologie et interventions médicales”, page 41.
3- Concernant les liquides et la nourriture.
Sur le site du Cochrane, on peut lire :
“La plupart des études avaient examiné la recommandation de certains aliments spécifiques, bien qu'une étude ait laissé les femmes choisir ce qu'elles souhaitaient manger et boire. La revue n'a trouvé aucun bénéfice ni aucun préjudice pour la restriction relative à la nourriture et aux liquides pendant le travail chez les femmes ayant peu de chances de nécessiter une anesthésie”
Et sur ce document de la Haute Autorité de Santé, page 17, il est clairement noté :
“La consommation de liquides clairs (eau, thé sans lait / café noir sucrés ou non, boissons gazeuses ou non, jus de fruit sans pulpe) est autorisée pendant toute la durée du travail (y compris pendant le post-partum immédiat), sans limitation de volume, chez les patientes ayant un faible risque d’anesthésie générale”.
“Du fait que les preuves ne montrent pas de bénéfices ni de préjudices, la restriction relative aux liquides et à la nourriture pendant le travail pour les femmes présentant un faible risque de complications n'est pas justifiée”.
Pourquoi est-ce important de manger et boire ?
1- Pour avoir de l'énergie.
L'utérus est un muscle (Et même le plus puissant du corps humain, cela dit en passant !) qui a besoin d'énergie et d'hydratation pour fonctionner correctement .
Accoucher c'est comme courir un marathon. Tu as déjà vu un marathonien courir à jeun et sans boire ? Non, évidement, cela ne lui viendrait même pas à l'esprit car il ne tiendrait pas sur la longueur.
Pour accoucher c'est pareil : tu vas parcourir un marathon à la différence que tu ne sais pas dans combien de temps se trouve la ligne d'arrivée. Il est donc important d'avoir de l'énergie suffisante pour tenir sur la durée.
2- Pour réduire le temps de travail.
Si tes muscles manquent d'énergie, cela ralentit le travail car le fait d'accoucher à jeun :
diminue tes contractions utérines,
fatigue le bébé (il a également besoin d'énergie pour naître, et devinez où il va puiser ? Dans TES réserves).
augmenterait le risque de saignements,
provoque un stress inutile pour toi et le bébé,
empêche ton néocortex de se mettre en mode avion car tu es focalisé sur la faim ou la soif.
Évidement, on ne parle pas de manger une raclette avant de partir à la maternité ! Mais quelques collations légères à grignoter pendant le travail peuvent vous aider.
Certaines femmes ne ressentent pas le besoin de manger pendant le travail. Écoute ton corps, il saura te faire savoir si tu as besoin de manger ou de boire.
3- Pour être plus sereine et détendue.
Lors de mon premier accouchement en août 2003, cette interdiction était encore d'actualité. Je suis arrivée vers 8 h du matin, à jeun depuis la veille au soir.
Pendant le travail, je ne pensais qu'à mon estomac qui gargouillait. J'avais tellement faim que j'avais la tête qui tournait et des hallucinations : je trouvais que cela sentait le pain grillé dans la maternité ! Ce n'était vraiment pas des conditions idéales pour me mettre dans ma bulle.
Certaines femmes parlent même de torture de devoir lutter contre la faim en même temps qu'elles doivent gérer leurs contractions.
En conclusion :
“Du fait que les preuves ne montrent pas de bénéfices ni de préjudices, la restriction relative aux liquides et à la nourriture pendant le travail pour les femmes présentant un faible risque de complications n'est pas justifiée”.
Sans contre-indication et si ton accouchement se déroule bien, tu peux boire et manger pendant l’accouchement. Malheureusement, de nombreuses maternités l’interdisent encore. Discute avec l’équipe médicale afin de connaître leur protocole.
Quoiqu’il en soit, prends le temps de manger avant de partir à la maternité, de préférence des sucres lents. Tu peux aussi prendre quelques collations pour toi et le papa :
fruits secs (amandes, cajou, abricots…),
dattes,
eau ou jus de fruits,
bonbons ou barres de céréales.